Rechercher
  • Ada Kafel

Depuis que je suis maman : l’artiste que j’étais et celle que je suis devenue

Mis à jour : juin 25


Il y a un « avant » et un « après » : l’avant grossesse et l’après naissance. Et entre les deux, une parenthèse : j’étais enceinte. De une, nous sommes passer à deux, comme ça, avec bonheur et brutalité. La vie m’a surprise et ma vie artistique s’en est trouvée transformée. Comment ? J’avais envie de (me) le raconter. C'est mon expérience, plus subjective que jamais.

Depuis longtemps, je m’intéresse au parcours d’artistes femmes, à ce qu’elles vivent de leur âme d’artiste et dans leur corps de femmes, des liens qui se tissent entre la création et la procréation. Bien avant d’être enceinte, j’ai lu des biographies et des bouquins sur ce thème, tel que Le Journal de Création de Nancy Huston, journal de sa grossesse raconté en filigrane de la vie maternelle et artistique d’écrivaines (que je conseille vivement). J’avais initié, aussi, un cycle de rencontres de femmes artistes, comme la sculptrice Cécile Raynal, passionnante artiste-sorcière qui m’avait conté son expérience de l’art et de sa féminité (à écouter ici). En bref, je m’étais demandée : est-ce qu’on peut être maman et artiste en même temps ? Ce projet a finalement été avorté, et puis… la grossesse est arrivée.

Bye bye térébenthine

Avant ça, je peignais égoïstement, seule, faisant fuck à moi-même et à mon environnement. Je me suis amusée, je me suis lâchée, j’ai pris de la place, j’ai laissé la peinture envahir mon espace. Et puis, la grossesse s’est déclarée, sans s'être faite attendre. Et là, insidieusement, l’architecture de mon cerveau s’est transformée. Plus seulement préoccupée par mon propre désir, je me suis laissée happée par une préoccupation primaire : la maternité. J’avais envie de préparer l’arrivée du bébé, de matérialiser sa venue. J’avais envie de me reposer chez moi, seule avec cet autre cœur qui battait en moi. Dans mon cocon, loin des dangers et des odeurs envahissantes.

Exposer, vraiment ??!

Avant d’être enceinte, je me rendais régulièrement à l’atelier Oh les beaux jours, pour peindre. Après, j’ai cessé de m’y rendre. Aller à l’atelier m’était désagréable, pour les odeurs, mais pas seulement. Ma tête était ailleurs. Ou plutôt à l’intérieur, dans un espace sûr, restreint, protégé. Bien malgré moi, j’avais réservé une date pour exposer. Et je m’y suis tenue. Mais à mesure que l’échéance avançait, le sens de cette exposition m’échappait. A 3 mois de grossesse, j’ai accroché mes toiles dans cet atelier avec pignon sur rue. J’étais fatiguée mais je l’ai fais, avec l’aide très précieuse de ma sœur et de Claire, l'artiste peintre qui m'a initiée. Je n’avais pas l’élan ni l’envie d’exposer. S’il existait un contraire du mot « exposer » je l’utiliserais ici. J’avais la nausée. L’endroit était trop chargé, de moi, de mon passé, des autres. Ce week-end là, je n’ai rêvé que d’une chose : ranger mes toiles, rentrer chez moi et bouquiner. Ma vie artistique, clairement, j’étais prête à la mettre de côté. A la fin de l’exposition j’ai été très soulagée. The end. La fin du moi et moi et moi. Je peux désormais passer à autre chose, prendre soin de mon intériorité. Laisser de la place pour lui, et tisser un cocon doux, beau et sécurisant. J’ai cousu un tapis d’éveil, dessiné un doudou, soigner la décoration, profiter du soleil. Dessiné, un peu, dans un carnet. Mon compte instagram s’est endormi, et mon ego aussi.

En images ça donne ça :

Au revoir, vie de bohème

Et puis il est né. Fin de la parenthèse. J’ai continué et repris la vie, différemment. J’ai repensé à la peinture, de loin. Je me suis remise à dessiner, des femmes entre autres, sur commande d’un éditeur. J’attendais qu’il soit à la garderie pour me lancer, avec lui c’était impossible. Mon attention ne pouvait pas s’en décoller. Et si elle s’en décollait, c’était risqué. Risqué de quoi ? De me détacher de la réalité, d’être pris dans le flow, de m’oublier et de l’oublier… J’ai donc soigneusement évité, jusqu’à aujourd’hui de me laissée happée par la création. Je n’ai pris que rarement les crayons (encore moins les pinceaux) en sa présence, si ce n’est pour peindre avec lui. Pour l’initier à ce que je trouve de plus réjouissant : la peinture. Ai-je pour autant totalement arrêté de créer ? Non et fort heureusement. Je crée, différemment. Lorsqu’il est gardé chez sa nourrice, principalement. Et même au travail, je l’avoue. Car oui, j’ai du reprendre un travail régulier, responsabilité oblige. J’ai mis de côté ma vie de bohème pour nous assurer une forme de sécurité. Mais aussi pour nous structurer. Structure que j’avais délaissé, avant, au profit d’une forme de liberté. Certes j’avais du temps pour créer, mais je l’utilisais peu. On se dit que les artistes ont une vie de bohème, mais je crois que cette idée est en train de changer. En lisant Austin Kleon, en écoutant les podcasts d’Ekaterina Popova, je me dis qu’en fait, non. On peut être artiste et avoir une vie structurée. C’est même pour certains, plus que conseillée (surtout quant on a tendance, comme moi, à se disperser !).

Trouver une chambre à soi, pour créer

Aujourd’hui j’ai peu de temps. Mais j’en ai pour rêver, écrire ses lignes, observer ce qui m’entoure et contempler. L’altérité est un phénomène abstrait que je vis depuis que Colin est né. Même si j’éprouve de la nostalgie, de ces nuits que je passais à peindre sans me préoccuper des autres ni du lendemain, je découvre une conscience de l’autre et du monde qui m’avait échappé. J’éprouve de nouveau beaucoup de satisfaction à pratiquer mon métier de pédopsychiatre, je me plie aux contraintes du quotidien et digère mes frustrations en jouissant du temps que j’accepte de trouver. Jusqu'à maintenant, je n’ai pas repris la peinture. Je n’y étais pas prête et n’avais pas les moyens de m’y mettre. Manque d’espace notamment. Mais le temps commence à s’étirer et la frustration monter. J’ai retrouvé le désir de peindre, mais pas n’importe comment. J’ai envie d’une peinture plus consciente et respectueuse de ce/ceux qui m’entoure(nt). Évidemment, j’espère me laisser surprendre par la peinture, revivre ces moments de fusion avec la toile et les couleurs. Mais pour cela, j’ai besoin de baliser cette pratique. Définir le moment, et trouver l’endroit. Trouver un espace temps qui me plaît, un safe space, où j’ai le droit de tout délaisser sans m'inquiéter : un atelier, en somme. Un lieu pour travailler, se laisser aller et vagabonder. Un lieu qui me permettrait de m'élever de la vie réelle, et d'y revenir sans risque de me perdre.

Frustration + amour = ?

C’est peut-être ça, au fond, la difficulté d’être une femme, aujourd’hui : celle de devoir passer d’un état à un autre, d’alterner entre l’égoïsme et l’altruisme, de trouver la sécurité sans perdre sa liberté. Comment parvenir à combiner ces besoins ? Peut-être en tissant des liens entre tout ça, pour désamorcer les conditionnements et les oppositions factices. Ce n'est pas un effort facile, mais je reste persuadée qu'il est possible d'être à la fois artiste, femme et mère. J'ai quelques femmes artistes autour de moi qui m'inspirent et me convainquent. Bien sûr, il est moins aisé de se consacrer à son art en étant maman. Comment partir en résidence artistique par exemple ? Comment bien gagner sa vie ? Comment trouver de l'espace psychique pour créer ? Que l'on soit maman ou pas, l'on a d'autre choix que de créer une chambre à soi (cf. Virginia Woolf), de laquelle on peut entrer et sortir aisément, avec des frontières suffisamment délimitées. C'est en tout cas de cette manière que je matérialise mon besoin. Sécuriser ce qui ne l'est pas, en somme. Un sacré paradoxe que j'espère démonter. J’entendais Amélie Nothomb hier, dans un podcast sur France Inter. Elle disait que toute création naissait d’une tension. Je suis tellement d’accord avec ces propos ! Et cette tension que je vis, entre l’envie de créer et l’amour pour mon fils, est si forte, que je compte bien la laisser se transformer en énergie créatrice. J'en suis sûre, l'aventure artistique peut nourrir ma manière d'être femme et mère, et inversement. Les filles, qu'est-ce-que vous en dîtes ?

Allez, maintenant, j’arrête de parler, et je m’y mets. Prochaine étape : trouver un atelier !!

Post-scriptum

Si vous arrivez jusqu’à ces lignes et que vous connaissez des ateliers dans les Bouches du Rhône, je suis toute ouïe. Mon rêve serait de travailler auprès d’autres artistes, de pouvoir faire venir des gens, d’y amener Colin, maintenant, et quand il sera plus grand. Quelle joie ce sera pour moi de pouvoir partager cela !

#femmeartiste #artiste #maman #maternité

282 vues
  • Black Instagram Icon
  • Facebook Carré noir
  • Noir Twitter Icon

© 2023 by Name of Site. Proudly created with Wix.com